Les jeunes guinéens prennent le devant pour contribuer en leur façon à la lutte contre le virus Ebola. Informaticiens de profession et de formation, ils créent une plateforme web et une application mobile dénommée « Jogondiral ».

La République de Guinée a été le premier pays touché par le virus Ébola ; une information officiellement reconnue le 14 mars 2014. Depuis lors, aucune initiative réelle n’a été entreprise par les autorités du pays sur Internet afin de faire participer activement les internautes guinéens (blogueurs, activistes et netizens) dans la lutte contre la maladie.

Consternés par ce fait, deux jeunes informaticiens guinéens ont créé une plateforme web et une application mobile dénommée « Jogondiral » [ http://www.jogondiral.com/fr ] qui signifie littéralement en poular « Solidarité ». Boubacar Diallo [ https://twitter.com/BoubacarDiallo ] jeune informaticien guinéen résidant en France donne les principales  motivations qui les ont poussé à une telle initiative : « Tout simplement car c’est un devoir citoyen. On ne peut pas être en paix lorsque l’on sait que son peuple souffre. Je pense que chacun doit se responsabiliser, on ne doit pas tout attendre du gouvernement».

Il reconnait tout de même le retard de l’action, lié à plusieurs facteurs : « Oui effectivement l’initiative a été tardive pour de multiples raisons. Même si l’épidémie a démarré en décembre 2013, c’est seulement en juin 2014 que les médias français en ont beaucoup parlé. Avant cela, nous n’avions eu que quelques nouvelles entre mars 2014 et juin 2014. En toute honnêteté nous pensions à tort, que l’épidémie serait très rapidement maîtrisée. En réalisant l’ampleur de la catastrophe en juillet 2014, je me suis demandé comment aider ? »

Il se dit être encouragé par la lutte contre Ebola au Nigéria : « En cherchant avec détermination à partir d’octobre 2014, j’ai constaté qu’un pays de la sous-région, le Nigéria, avait vaincu l’épidémie grâce à une bonne organisation. Ceux-ci ont répertorié tous les cas de personnes infectées. Pour chacun de ces cas, ils ont établi une liste de leurs contacts (potentiellement infectés). Ceci impliquait un pointage quotidien à une adresse référencée, permettant le suivi des cas suspects. Ils avaient également limité les déplacements des personnes infectées et de leur entourage. ».

L’absence d’un site Internet propre à la coordination nationale de lutte contre Ébola devant produire des données fiables et accessibles, constitue un grand handicap dans la communication.   Ce qui l’a amené à la réflexion suivante : « Toute la problématique tourne autour d’une bonne organisation et communication ; pour permettre le suivi des personnes infectées, et le diagnostic rapide des personnes présentant des signes de contamination (lieu, date etc.). Étant informaticien, il m’a paru pertinent de développer une application web et mobile qui permettrait de faciliter cette coordination et d’avoir des données fiables en temps réel. »

La plateforme web étant en ligne, Boubacar nous explique son fonctionnement : « Pour exploiter les données, il suffit de créer un compte sur http://www.jogondiral.com/fr. Les témoins de cas suspects signalent via l’application mobile ce qu’ils ont vu (événements). Le système reçoit les différents événements et place ceux-ci en temps réel sur une carte interactive. Par la suite les volontaires se chargent de la vérification et du traitement des informations signalées par les témoins. Ce qui permet d’orienter les efforts des personnels de santé et d’anticiper l’apparition des foyers viraux. » Explique-t-il.

Son collaborateur Sally Bilaly Sow [https://twitter.com/sbskalan], également informaticien, réside lui en Guinée. Ce qui lui permettrait, sous réserve de moyens mis à disposition par l’Etat et les ONG, de rassembler et organiser les actions de jeunes guinéens à travers le pays : « Si les personnes ressources se manifestent, notre ambition est de faire connaître le projet à travers la Guinée. Les blogueurs guinéens sont prêts à accompagner le projet, parce que c’est une action citoyenne comme l’a dit mon ami et collaborateur Boubacar. Nous avons pour ambition d’intervenir dans toutes les zones de la Guinée, et plus particulièrement dans les zones les plus touchées afin de former les jeunes à l’utilisation de l’application Jogondiral. En effet je suis convaincu que l’initiation de ces jeunes à l’utilisation de Jogondiral, pourrait être une arme décisive voire foudroyante dans la bataille que nous menons contre le virus Ebola. » Annonce-t-il.

Dans les prochains jours nous avons l’intention, d’entamer un vaste travail de communication sur l’application Jogondiral. Dans cette lutte engagée affirme Boubacar Dialllo : « Toute personne de bonne volonté : citoyen, personnel de santé, média pourra exploiter les données pour aider à enrayer l’épidémie au plus vite. » conclut-il

 Sally Bilaly Sow, Web activiste  et informaticien à Labé, République de Guinée.